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COVID-19: Portrait des restaurants de Saint-Raymond

COVID-19: Portrait des restaurants de Saint-Raymond

SAINT-RAYMOND | Tout comme les épiceries et les autres commerces essentiels, les restaurants n’ont pas chômé depuis le début de la pandémie. Durement touché par les restrictions de la Santé publique, qu’en est-il de la situation dans ce secteur économique ? L’InfoPortneuf a questionné les restaurateurs de Saint-Raymond afin de faire le point sur la situation.

Chose certaine, l’arrivée de la COVID-19 au mois de mars dernier a créé de l’incertitude auprès des propriétaires de restaurants. « C’est certain qu’à la mi-mars, quand la nouvelle est tombée qu’on fermait les salles à manger on a tous eus peur », indique Caroline Girard, propriétaire du Gueuleton Pizza West.

« On était un peu stressés, parce qu’on ne savait pas trop vers quoi on se dirigeait », ajoute Anne-Marie Richard, propriétaire du restaurant Le Nocturne.

Réduction des heures d’ouverture

Fermé au public pendant une dizaine de semaines, la plupart des restaurants n’ont eu le choix que de revoir leurs heures d’ouvertures, bien majoritairement à la baisse. Une stratégie pour maximiser les chiffres les plus payants. « On ouvre sur le l’heure du midi et sur l’heure du souper, parce que c’est principalement là que les gens commandent », mentionne Kristina Delisle, gérante de la Pizzéria Paquet de Saint-Raymond.

Même son de cloche pour Mme Richard au Nocturne. « On ouvre juste du jeudi au dimanche soir. De 16 h jusqu’à ce que les téléphones arrêtent de sonner. C’est certain qu’on a un peu de plaintes parce que des fois à 19 h 30 on est fermé, mais je ne veux pas étirer le temps et payer une heure de plus [mes employés] pour rien », explique-t-elle.

« On s’est dit, on va concentrer nos énergies là où c’est le plus payant et on ne s’éternise pas après l’heure du souper à fermer à 21-22 h », renchérit la propriétaire du Gueuleton Pizza West.

« Je me suis aperçu que le lundi c’était la journée la moins rentable. J’ai décidé maintenant de fermer tous les lundis », ajoute Louise Lavoie, propriétaire du restaurant Philou.

Du côté du Subway de Saint-Raymond, ce sont les franchises à Québec qui ont permis à Hugo Lefebvre de déterminer la réouverture de son restaurant. « Les Subways qui étaient restés ouverts avaient des ventes tellement basses qu’on se disait que ça n’avait pas de bon sens. Puis à un moment donné, ça commencé à augmenter. Alors je me suis dit que j’étais prêt à rembarquer ».

Difficile de compenser pour les salles à manger

Les salles à manger fermées, c’est ce qui est le plus difficile pour certains restaurateurs ayant une clientèle spécifique à cet effet. « À La Croquée, quand c’est la salle à manger qui [compose] 80 % de tes ventes […], c’est un peu plus difficile. […] Ça ne viendra jamais chercher au complet la partie de la salle à manger », lance Annie Gauthier, copropriétaire du restaurant La Croquée et propriétaire du Sushi M & cie.

« Il y a une grosse différence, parce que oui, on a une clientèle de take-out et de livraison, mais on a une très grosse clientèle fidèle en salle à manger », souligne Mme Richard, propriétaire du Nocturne.

Si les clients veulent donc retrouver un peu de leur restaurant favori, pas le choix de commander pour emporter ou d’opter pour la livraison. Une certaine hausse s’est d’ailleurs fait sentir, mais rien n’équivaut le revenu que procure la salle à manger.

« Ça ne peut pas compenser, parce qu’on est ouvert juste trois heures le soir », ajoute la propriétaire du Nocturne.

« On fait des commandes pour emporter et de la livraison, mais ça ne répond pas de la même manière », constate Mme Lavoie, propriétaire du Philou.

Second souffle pour la saison estivale

L’arrivée de l’été aura tout de même offert un certain regain pour les restaurateurs, bien heureux d’enfin pourvoir renouer avec leur clientèle. « Ça nous a permis de retrouver notre équipe et de refaire un lien avec eux », confie Annie Gauthier.

Au Gueuleton Pizza West, Mme Girard a plutôt décidé de ne pas rouvrir immédiatement sa salle à manger. « On était quasiment content que la salle à manger ne soit pas ouverte, parce qu’on n’aurait pas pu fournir, ça n’aurait pas marché », se remémore-t-elle.

Chez Subway, ce sont les touristes qui ont davantage aidé le restaurant. « Les gens sont sortis dehors plus que jamais et Saint-Raymond c’est une belle ville pour ça », affirme M. Lefebvre.

Zone rouge: un coup dur

Malgré le vent d’espoir de la réouverture des salles à manger, l’arrivée de la zone rouge dans Portneuf a été accueillie avec compréhension, mais avec une certaine pointe d’amertume.

« On veut juste que ça passe au plus vite, et si c’est le seul moyen c’est d’être fermé on va le faire. [Mais] je trouve que cette fois-ci, il y a beaucoup d’incompréhension par rapport aux raisons qui font [en sorte] que nous sommes fermés », lance Annie Gauthier, propriétaire du Sushi M & cie et copropriétaire de La Croquée.

« C’est certain que je ne dénoncerai jamais personne et je suis bien contente de vendre mes affaires. Mais moi, les barils de poulets des 20 morceaux ça sort (énormément) la fin de semaine. Ça veut dire qu’ils sont une méchante gang, parce qu’un 20 morceaux c’est pour 10 personnes. Il y a un monsieur qui est venu deux fois chercher un 20 morceaux dans la fin de semaine. (Je me doute) qu’ils ne sont pas trois. (…) C’est fâchant, très fâchant, parce que c’est nous qui écopons et ce n’est pas nous la cause », déplore Anne-Marie Richard, propriétaire du Nocturne.

Cette nouvelle fermeture est d’autant plus difficile pour Louise Lavoie au restaurant Philou. « Je suis pas mal plus en déficit que je peux être en avance sur quoi que ce soit. C’est déplorable. […] C’est plus qu’une claque en plein visage c’est une bombe! […] Je me bats pour garder la tête hors de l’eau parce qu’à 57 ans, ça ne me tentera pas de travailler pour une autre entreprise », confie-t-elle.

« C’est incompréhensible, on [a investi] pour trois à quatre mille dollars.[…] Après ça ils nous ferment, mais on peut être trois milles chez Costco […] c’est à n’y rien comprendre », signale Jean-François Drolet, propriétaire du restaurant Le Mundial.

Innover pour garder le cap

Cette période un peu plus difficile aura nécessité quelques changements ou réorientations de la part des restaurateurs. Au Sushi M & cie, Annie Gauthier ne rouvrira pas sa salle à manger. « Maintenant j’ai besoin de l’espace de la salle à manger pour préparer [les sushis] et avoir l’espace de réfrigération », mentionne-t-elle.

« C’est sûr que pendant la pandémie, c’est le côté créatif qui sort. Soit on reste assis et on attend ou on se trouve des idées pour faire travailler le monde », commente M. Drolet.

Ce dernier est en train de mettre en place une nouvelle boîte repas pour les Fêtes. « Pendant que les gens vont faire leur sapin de Noël, on va faire une formule cuisiner en famille avec des capsules vidéo », explique le propriétaire du Mundial.

Du côté du Roquemont, les propriétaires ont décidé de cesser temporairement les commandes pour emporter et se concentrer davantage pour l’hiver qui s’en vient en rénovant les chambres de l’hôtel. « On focus sur d’autres projets. On se prépare pour la saison de motoneige », souligne Dominic Labbé, copropriétaire du restaurant microbrasserie Le Roquemont.

Pour les restaurants La Croquée et Le Nocturne, la pandémie leur aura permis d’instaurer la commande en ligne. « À La Croquée, c’est un projet qu’on voulait travailler. […] On s’est dit que c’était un moment parfait pour le faire », évoque Annie Gauthier.

« En ce moment, les téléphones c’est non-stop et on en manque. Je me suis dit que s’il y en a qui commande en ligne ça va désengorger un peu le téléphone et [permettre] d’avoir le plus de commandes possible », espère Anne-Marie Richard, propriétaire du Nocturne.

À la Pizzéria Paquet, c’est depuis environ deux ans que les clients peuvent commander en ligne. Cependant, c’est réellement depuis le mois de mars que « les gens répondent beaucoup mieux à l’appel », signale la gérante du restaurant, Kristina Delisle.

Pour les mois à venir, la plupart des propriétaires sont unanimes et espèrent pouvoir rouvrir leurs portes au public.

Cependant, la crainte de sortir auprès chez la clientèle demeure une appréhension bien présente pour certains. « Ce qui me fait peur, c’est qu’on rouvre, mais que [le gouvernement] dit encore aux gens de rester chez eux. Ça me stresse un peu, parce que si on rouvre, on rouvre [pour de vrai] », insiste Anne-Marie Richard.

Photo principale: Stock Adobe