Nous sommes à la fin des années 60. Un jeune homme de Saint-Casimir, Étienne DuSablon, vient de compléter ses études de deux ans en photographie à l’École des métiers de Trois-Rivières. En 1970, il démarre son entreprise. Au début, son père lui permet d’utiliser le téléphone commercial de son commerce ainsi que son salon afin d’accueillir ses premiers clients.
La même année, une jeune femme désire obtenir son portrait et fait appel à M. DuSablon. Plus tard, elle deviendra son assistante lors des nombreux mariages dont Les Photographies Étienne DuSablon obtiendront les contrats. En 1977, leur mariage sera célébré et Danielle deviendra Mme DuSablon. Au cours de cette décennie, la jeune entreprise sera mandatée pour immortaliser sur pellicule quatre mariages par fin de semaine, en plus des reportages réalisés dans le défunt Écho de Portneuf et les portraits des étudiants et des finissants de quelques institutions scolaires. M. DuSablon raconte à la blague que « les mariés venaient nous voir avant d’aller réserver à l’Église » En 1975, Étienne DuSablon se porte acquéreur du Studio Trépanier à Donnacona. La plupart de la clientèle déjà en place reste fidèle aux Photographies Étienne DuSablon et le commerce couvre maintenant tout le territoire de Portneuf, d’ouest en est, avec ses installations à Saint-Casimir et à Donnacona. M. DuSablon offre également des cours parascolaires pour la Commission scolaire régionale de Portneuf aux adultes et aux élèves du secondaire durant 8 années.
En 1980, Les Photographies DuSablon présente l’exposition « Gens de Portneuf » au centre d’achat de Donnacona. Mme Danielle DuSablon explique que l’entreprise, avec tous les portraits et les événements qu’ils ont photographiés, « possède une banque d’images extraordinaires qui racontent la vie des gens de Portneuf. » Les années qui suivent sont prospères pour Les Photographies Étienne DuSablon qui possède alors quatre studios, un laboratoire à Saint-Casimir, un atelier d’encadrement de même que plusieurs employés réguliers. En plus des mariages et des portraits scolaires, la photo commerciale et publicitaire fait son apparition dans les services offerts par l’entreprise. Entre autres, les commerces Richard Piché inc. (Vohl), les Équipements Hardy et les Fromages Cayer sont au nombre de leurs clients.
La photographie est un domaine qui évolue avec les avancées technologiques. En 1998, l’entreprise familiale décide de moderniser ses équipements en passant au mode numérique pour une partie de la production. Au fil du temps, la prise de vue s’est, elle-aussi, informatisée. Des investissements de 100 000$ ont été nécessaires afin de suivre la vague numérique. Un étage complet de la maison des DuSablon à Saint-Casimir est occupé par une dizaine d’ordinateurs qui sont utilisés dans ce laboratoire. Même si la technologie change, leur méthode de travail reste la même, explique Mme Danielle DuSablon : « Notre méthode n’a pas changé avec l’informatisation. Il faut que la technologie supporte notre travail, et non le contraire. » Parlant de cette technique de travail, elle provient du célèbre photographe canadien d’origine arménienne Yousuf Karsh. Celui-ci établit un contact humain et procède ensuite à la prise de la photo. On doit à ce prodige le fameux portrait de Winston Churchill lors de sa venue au Canada en 1941. Étienne DuSablon explique qu’il faut « prendre le temps de placer les gens, de discuter » avant de débuter la séance. Mme DuSablon ajoute « qu’une photographie marque une époque, il s’agit d’une rencontre, d’un moment d’intimité : c’est le centre de l’entreprise. » Ils considèrent le portrait comme étant leur spécialité. « Nous avons choisi des créneaux dans lesquels nous sommes performants et nous nous sommes nous-mêmes mis la barre haute! » affirme Mme DuSablon. De plus, le propriétaire du commerce affirme que l’entreprise en a toujours « donné plus » à leurs clients. Par exemple, lors des mariages, le photographe ne comptait pas le nombre de pellicules utilisées au total et, souvent, il se déplaçait aussi chez la famille du marié avant la cérémonie, ce qui est peu commun car c’est plus fréquent de se rendre chez la mariée pour la prise de photos.
En 2001, lors du 50ème Congrès annuel de la Corporation des maîtres photographes du Québec, Mme Danielle DuSablon a reçu une nomination dans la catégorie « Photographe commerciale de l’année » et elle a remporté un prix pour sa photographie de la kayakiste olympique Liza Racine de Lac-Sergent.
Aujourd’hui, en plus du magasin de Donnacona et des ateliers d’informatique et d’encadrement à Saint-Casimir, Les Photographies Étienne DuSablon comptent sur leurs deux studios mobiles pour assurer un rendement efficace pour leur clientèle scolaire. En effet, ces unités mobiles se déplacent sur les routes du Québec de septembre à avril pour rejoindre l’ensemble de leurs clients de l’Université du Québec à Trois-Rivières, l’Université Laval, l’Université de Montréal, l’Université de Sherbrooke ainsi que l’Université du Québec à Rimouski, campus de Lévis. Lors de notre entrevue, Monsieur et Madame DuSablon venaient de compléter leur tournée avec la Collation des grades de l’Université Laval de Québec, ce qui représente environ 7 000 à 8 000 étudiants. Pour les DuSablon, cette clientèle n’est pas seulement du « scolaire », comme certains autres photographes en font l’appellation. Il s’agit définitivement de portraits car « la photo dépend de la physionomie de chacun ». Certaines des photos prises par l’équipe des Photographies Étienne DuSablon font le tour du monde avec leurs clients puisque les établissements universitaires accueillent un grand nombre d’étudiants étrangers.
Les propriétaires de l’entreprise souhaitent remercier leurs familles respectives pour leur support tout au long de ces 40 dernières années. Plusieurs des membres de celles-ci ont d’ailleurs contribué au succès des Photographies Étienne DuSablon. Travailler 75 à 80 heures par semaines durant 40 ans, c’est tout un exploit. Le seul congé que s’accorde le couple DuSablon est le 24 juin, au moment de la Fête nationale du Québec. Avec toutes les possibilités de contrats et les ouvertures sur les marchés extérieurs, Étienne et Danielle DuSablon ont tout de même préféré demeurer dans la région car « la qualité de vie et des relations interpersonnelles » sont bien meilleures dans notre secteur ouest de Portneuf.
Un projet dans l’air? L’entreprise souhaite publier un livre à propos des personnalités et des grandes familles (au sens de large) du comté. Mme DuSablon explique que les grandes familles sont celles « qui forment le tissu social de Portneuf. »
Étienne DuSablon avec son appareil dans les années 70.