Cinquante ans après le passage du général de Gaulle, Donnacona se souvient

Au matin du 24 juillet 1967, le général de Gaulle s’arrêtait à Donnacona, première des six étapes sur la route qui devait le mener jusqu’à Montréal et à la frénésie du tonitruant et fameux « Vive le Québec libre ! ». Cinquante après, jour pour jour, Donnacona et la région de Portneuf ont rendu hommage à celui qui avait donné, à l’époque, une grande impulsion à la fierté québécoise.

Sur les marches du parvis de l’église Sainte-Agnès, le buste du général de Gaulle a été placé à l’endroit exact où, il y a un demi-siècle, celui-ci prononçait un vibrant discours devant une foule de plusieurs milliers de personnes.

Comme par le passé, la matinée est marquée par une météo pour le moins singulière. Alors qu’un orage terrible avait éclaté lors du passage du chef d’État français à Donnacona, cette fois-ci, c’est un vent glacial et peu habituel pour la saison qui souffle sur la ville.

« Permettez-moi un jeu de mots , lance Michel Matte, député de Portneuf.  En 1967, c’était un vent de fraîcheur qui nous animait au Québec, tout comme c’est le cas aujourd’hui. »



Pour commémorer le passage du général, de nombreuses personnes ont fait le déplacement : Martine Ouellet, cheffe du Bloc Québécois et députée de Vachon, Stéphane Bergeron, député de Verchères, plusieurs anciennes personnalités politiques, des élus locaux, des résidents, des touristes, mais aussi plusieurs personnes présentes sur place il y a cinquante ans jour pour jour.

Guy Marcotte reprend de vive voix une partie du discours prononcé à l’époque par son grand-père, le maire de Donnacona, Raoul Mathieu. Ce dernier avait souligné l’importance historique de sa ville, en évoquant notamment la vie du chef amérindien Donnacona et de ses deux fils, qui s’étaient rendus en France.

Dans un grand moment de solennité, c’est ensuite le discours du président de la République française qui est diffusé : « Je vois le présent du Canada français, c’est-à-dire un pays vivant au possible, un pays qui prend en main ses destinées. Vous êtes un morceau du peuple français. Votre peuple canadien-français, français-canadien, ne doit dépendre que de lui-même. » Aux applaudissements de l’enregistrement se mêlent ceux de la foule.

Un élan de fierté

«  Le général de Gaulle nous a rappelé à quel point il est bon d’être libre de ses choix, d’être fiers de ce que nous sommes », affirme Martine Desjardins, présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois.

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Martine Desjardins, présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois.

« Cette commémoration nous redonne un élan de fierté, poursuit-elle. Il y a cette petite étincelle que l’on cherche à rallumer parce qu’il est bon de se rappeler qu’au Québec, il reste encore du chemin à faire. »

Pour sa part, Christophe Tardieu, ancien administrateur général du château de Versailles et actuel directeur général délégué du Centre National du Cinéma en France, explique à quel point le passage de Charles de Gaulle à Donnacona a été important : « Il s’agissait de sa première étape sur le Chemin du Roy. Il a parlé de l’avenir. Il a dit aux Québécois qu’ils pouvaient décider de devenir maîtres de leur destin et que si tel était le cas, la France les accompagnerait sur cette route. » À noter que M. Tardieu vient récemment de consacrer un livre sur les dessous du passage de De Gaulle dans la province, intitulé La dette de Louis XV.

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Christophe Tardieu, ancien administrateur général du château de Versailles et actuel directeur général délégué du Centre National du Cinéma en France.

M. Matte s’est quant à lui souvenu de la foule en liesse venue acclamer l’homme d’État, dont la visite a permis de faire parler de Donnacona et de la fierté de ses habitants partout au Québec, et même dans le monde. « Il s’agissait d’un événement majeur pour Portneuf, note le député. Grâce à cette visite, la ville de Donnacona est entrée dans l’histoire et dans notre mémoire collective. »

Après la cérémonie, les différents responsables politiques ainsi que plusieurs invités ont signé le livre d’or, pour l’histoire, avant de se rendre au Relais de la Pointe-Aux-Écureuils visiter l’exposition consacrée au passage du général français.

Le matin du 24 juillet 1967, de Gaulle terminait son discours ainsi : « J’emporterai de mon passage à Donnacona un souvenir inoubliable, je vous en remercie toutes et tous. Mes vœux les plus profondément sincères sont avec chacune et chacun de vous et avec votre ville. Vive Donnacona ! Vive le Canada français, vive la Nouvelle-France et vive la France ! »

Si le président français se retenait d’en dire plus, il en disait déjà beaucoup. Les paroles prononcées à Donnacona auront été les prémices d’un coup de tonnerre qui allait marquer à jamais l’histoire du Québec moderne.