Tour Historia : voyage dans le passé de Saint-Raymond

Véritable machine à remonter le temps, le Tour Historia a permis à de nombreuses personnes de découvrir ou de redécouvrir l’histoire de Saint-Raymond. Jusqu’à dimanche dernier, des navettes circulaient dans la ville afin d’explorer son passé.

Il est bientôt 10 h en ce dimanche matin. L’autobus va bientôt s’ébranler, pour un trajet de deux heures. Il s’agit de la 6e et avant-dernière édition des circuits historiques organisés dans le cadre du 175e anniversaire de la ville.

Mon voisin, passionné d’histoire, me parle de l’éruption du Tambora de 1815, qui a provoqué des dérèglements climatiques importants. En effet, il est tombé presque 30 cm de neige à Québec en juin 1816, et les gelées successives ont fortement affecté les récoltes.

À l’avant du véhicule, Christiane Huot et Denise Barette, bénévoles à la Société du patrimoine de Saint-Raymond, prennent la parole.

« Le but du Tour Historia, c’est que vous en appreniez davantage sur l’histoire de la ville, mais c’est aussi et surtout de vous donner le goût d’effectuer vos propres recherches sur ce qui vous intéresse le plus », explique Mme Huot.

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Christiane Huot, de la Société du patrimoine de Saint-Raymond.

« Nous ne prétendons pas Denise et moi être des historiennes, mais nous avons travaillé fort pendant un an afin de vous présenter les faits avec le plus d’exactitude possible », poursuit la bénévole.

« Le plus gros défi a été de se restreindre, car on a tellement de choses à raconter que l’on pourrait faire un Tour Historia d’une semaine », ajoute avec humour Mme Barette.

Tout au long du parcours, les deux bénévoles vont présenter un impressionnant panorama historique, tout en livrant de nombreuses anecdotes.

Les débuts de la ville

Avant la fondation de Saint-Raymond en 1842, la région est surtout peuplée par les Hurons, qui entreprennent des expéditions de chasse et de pêche, notamment le long de la Sainte-Anne. À leur retour, ils aiment se réunir à la Cabane ronde, érigée presque à l’emplacement de l’actuelle place de l’église.

« Cette place est l’endroit idéal pour organiser les festivités du 175e, comme avec le concert de David Thibault hier soir, car c’est un lieu de rassemblement depuis très longtemps », précise Christiane Huot.

En 1844, la ville compte près de 600 âmes. On construit une petite chapelle, connue aujourd’hui sous le nom de Thiboutot. L’édifice déménage à plusieurs reprises avant de retrouver en 2013 son emplacement d’origine, près de la Sainte-Anne. Il s’agit du plus vieux bâtiment du centre-ville.

À l’emplacement de l’aréna se trouvait le premier cimetière. L’hiver, comme il n’y avait pas d’enterrements, on gardait les corps des défunts dans la chapelle, qui faisait office de charnier.

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Depuis le Mont-Laura, les passagers avaient un excellent panorama de Saint-Raymond et de ses environs.

Développement du chemin de fer

Sur le parcours, la navette longe l’ancienne voie ferrée, maintenant une piste cyclable.

Dans la seconde moitié du 19e siècle, le chemin de fer se développe rapidement et atteint Saint-Raymond en 1881. Le fameux explorateur, Joseph Bureau, participe au tracé de la ligne.

Beaucoup d’agriculteurs délaissent leurs terres et choisissent de travailler pour la compagnie de chemin de fer. Le curé Blais se désole de l’arrivée massive d’étrangers, de « gens sans religion », qui répandent le dévergondage dans la population de sa paroisse. La boisson, le vice, les danses et le crime deviennent une véritable menace selon l’homme d’Église.

« Le chemin de fer amène la prospérité matérielle, mais aussi et surtout la décadence morale », se désole le curé qui, découragé, démissionne et se retire chez les religieuses.

De 1902 à 1962, un train relie Québec à Saint-Raymond chaque jour. Le démantèlement des rails a été effectué à la fin des années 1990.

La guerre froide

À la fin des années 1950 et au début des années 1960, le gouvernement de John Diefenbaker entreprend la construction, dans le secret, de plusieurs abris antinucléaires à travers tout le Canada, que l’on surnomme les « Diefenbunkers ».

On retrouve un tel bunker à Saint-Raymond, dans le secteur du parc industriel. Celui-ci était un poste de communication, qui servait de relais à la base des Forces canadiennes de Valcartier. Selon une légende urbaine, un tunnel relierait le bunker à Valcartier.

Le Tour Historia s’est arrêté devant l’ancienne maison de Marc Cayer, un agronome parti faire du bénévolat au Vietnam en 1967. Capturé par les Vietcongs à peine trois mois après son arrivée, le Raymondois a passé cinq années de sa vie comme prisonnier de guerre.

L’avenir

Lors du trajet, les participants ont pu voir la maison du célèbre parolier Luc Plamondon, né sur la table de la cuisine. L’autobus est également passé devant la maison de la mère de l’étoile montante David Thibault. Ce dernier jouait tranquillement de la guitare sur la galerie et a salué les passagers du Tour Historia, déclenchant quelques cris d’admiration.

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Les passagers de l’autobus ont pu apercevoir le chanteur David Thibault.

« On espère que vous avez été heureux d’en apprendre plus sur notre histoire, qui risquerait de tomber dans l’oubli si l’on n’organise pas de temps à autre ce type d’événement », a mentionné en fin de circuit Denise Barette, qui a remercié les participants de « vivre au présent le passé de ceux qui les ont précédés ».

« Le Tour Historia nous confirme bien que notre histoire est suffisamment riche afin d’assurer notre avenir », conclut Mme Barette, reprenant la phrase phare des festivités du 175e : « Saint-Raymond, riche d’histoire, riche d’avenir. »

Les tours Historia ont pu avoir lieu grâce à la collaboration de plusieurs partenaires, comme la Ville de Saint-Raymond ou encore la Corporation de transport régional de Portneuf, qui a gracieusement mis à disposition de la Société du patrimoine un autocar.

À la sortie de la navette, les participants se sont vu remettre des galettes réalisées avec une recette datant de la fondation de Saint-Raymond, histoire de pouvoir profiter encore un peu plus du savoureux passé.