Rencontre avec Joseph Ndong, prêtre et agronome

Depuis début juin et jusqu’à fin août, Joseph Ndong remplace le curé de la paroisse de Saint-Raymond, Benoît Tessier, parti en retraite, ressourcement et formation. Le nouveau prêtre, au curriculum vitae bien fourni, caresse de nombreux rêves, dont celui de créer une ferme modèle au Sénégal, son pays d’origine.

L’abbé Ndong m’accueille au presbytère de Saint-Raymond. « Appelez-moi Joseph », me dit-il d’emblée. Impressionnant par sa carrure, cet oblat de Marie Immaculée l’est également par son parcours.

Un prêtre surdiplômé

Né au Sénégal, Joseph Ndong embrasse la vie religieuse dès son plus jeune âge. Il entre dans le noviciat à l’âge de 19 ans pour rejoindre deux années plus tard les Frères de Saint-Gabriel, une congrégation laïque.

Il enseigne par la suite les mathématiques et les sciences naturelles et devient directeur d’école ainsi que supérieur de sa communauté.

Au fil du temps, l’appel au sacerdoce se manifeste en lui. « Travaillant surtout en zone rurale, j’ai pu y constater un réel besoin en prêtres, mentionne-t-il. J’ai voulu transmettre non seulement des valeurs religieuses, mais aussi humaines ; j’ai senti qu’au fond de moi-même, je disposais de ce potentiel. »

Joseph Ndong quitte les Frères de Saint-Gabriel pour rejoindre les Oblats de Marie Immaculée et entreprend un baccalauréat en philosophie ainsi qu’un autre en théologie. Il est finalement ordonné prêtre en 2003.

Il parfait ensuite sa formation à Rome, en Italie, où il obtient une maîtrise en théologie fondamentale. « La théologie fondamentale, c’est la théologie du dialogue », précise le père Joseph. « Elle permet notamment de transmettre les valeurs chrétiennes d’une manière plus audible et plus adaptée, et établit des ponts entre religion et monde athée », ajoute-t-il.

De retour au Sénégal, il officie durant trois ans dans différentes paroisses avant de devenir responsable de la Maison de formation des Oblats ainsi que directeur du Centre Saint Augustin de Dakar, un institut préparant les futurs prêtres et religieux.

L’appel du monde agricole

La situation problématique à laquelle se trouve confronté le monde agricole sénégalais a très tôt interpellé Joseph Ndong.

Il explique : « Les gens se battent comme ils peuvent, mais ils s’appauvrissent d’année en année. Les méthodes de culture, encore très manuelles, ont atteint leurs limites. La jeunesse est désillusionnée. »

Ainsi, nombre de jeunes fermiers choisissent de vendre leurs terres, le plus souvent à des multinationales chinoises. Ils utilisent le fruit de la vente pour tenter l’aventure européenne, mais la plupart reviennent dans les villes sénégalaises grossir les chiffres du chômage.

L’abbé Ndong poursuit : « Pour ceux qui restent, il existe un réel besoin de participer à une autonomie alimentaire. Malheureusement, on en est très loin. Les récoltes ne fournissent pas de revenus suffisants, ce qui empêche la réalisation d’investissements essentiels. Ceux qui s’en sortent le mieux possèdent des chevaux ou des bœufs, c’est pour dire ! »

Selon le père Joseph, les années de mauvaises récoltes entraînent de graves problèmes d’insécurité alimentaire.

C’est en prenant conscience de cette situation de précarité dans le monde agricole que sa vie prend un tournant. « Lorsque j’ai fêté mes 25 ans de vie religieuse, j’ai demandé à être détaché pour pouvoir travailler dans le monde rural, raconte le prêtre. Je veux m’investir auprès des paysans pour les aider à améliorer leur condition de vie, en tant qu’homme d’Église ayant une expertise du monde agricole. »

Les supérieurs du père Joseph accèdent à sa requête. Il devra cependant suivre une formation afin de se munir des outils nécessaires à la réalisation de son nouveau projet. C’est ainsi qu’il s’envole pour le Québec en janvier 2015 afin de suivre les cours du baccalauréat en agronomie de l’Université Laval.

L’expérience québécoise

On parle souvent de choc culturel. Dans le cas de l’abbé Ndong, il a surtout été question de choc thermique. « Je suis passé de 26°C lors de mon départ de Dakar à -26°C au Québec », se souvient-il. « Je n’étais pas du tout équipé pour l’hiver », ajoute-t-il.

Les débuts sont difficiles. Arrivé en pleine session, le prêtre travaille d’arrache-pied afin de combler son retard sur les autres élèves. Les nuits sont courtes, seulement quelques heures de sommeil.

Au cours de ses études, on lui offre l’occasion d’effectuer son stage en production dans une ferme à Normandin, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il s’occupe de tout : préparation des terres, semences, foin, traite et soin des vaches. Le propriétaire, ravi par le travail de l’ecclésiastique, va jusqu’à lui confier la responsabilité de la ferme afin de prendre des vacances.

Profitant d’un moment de répit dans ses études et ses différents emplois lui permettant de les financer, l’abbé Ndong s’est cherché une paroisse où officier cet été. Le hasard est tombé sur Saint-Raymond.

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L’abbé Joseph Ndong, en face du presbytère de Saint-Raymond.

« Tout se passe très bien, affirme-t-il. Je trouve que la communauté de Saint-Raymond est vraiment hyper accueillante. »

L’abbé Ndong lance d’ailleurs un appel à tous les paroissiens qui voudront bien le mettre en rapport avec les agriculteurs de la région. « Je voudrais prendre contact, visiter, voir ce qui se fait, apprendre », indique-t-il.

Une ferme modèle

À son retour au Sénégal une fois son baccalauréat en poche, le père Joseph entend s’établir en zone rurale et créer une ferme modèle, qui servirait d’exemple à tous les agriculteurs de la région.

Il explique : « J’espère pouvoir aider les populations sur place à démarrer leurs propres activités. Ce sera également une ferme école où les agriculteurs pourront venir se former et utiliser les méthodes apprises pour les appliquer sur leurs terres. »

L’abbé souhaite proposer une agriculture durable, respectueuse de l’environnement et diversifiée, dans la philosophie de la permaculture.

Ainsi, de prêtre, Joseph Ndong est en passe de devenir un expert en agronomie et sera bientôt un fermier innovant.

« C’est bien de prêcher, oui, mais ancré dans le concret, conclut-il. Lorsque le pape François parle d’aller aux périphéries, cela concerne, entre autres, le monde agricole. »

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Le père Joseph sera présent dans la paroisse de Saint-Raymond jusqu’à la fin du mois d’août.